Éditorial du 23 février 2026


Le futur africain est agricole

Depuis quelques années, un discours séduit nos capitales et nos réseaux sociaux : l’avenir de l’Afrique serait dans les services, les startups et la technologie. Applications mobiles, intelligence artificielle, fintech… Oui, tout cela est important. Oui, l’innovation est indispensable.
Mais à force de lever les yeux vers les écrans, nous oublions parfois de regarder vers le sol.

Et pourtant, la vérité est là, simple, puissante : le futur africain est agricole.
L’Afrique comptera près de 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, dont plus de 60 % auront moins de 25 ans. C’est la population la plus jeune du monde. Une immense force de travail, dynamique, capable d’apprendre vite, d’innover, de produire. Cette jeunesse a besoin d’emplois concrets, accessibles, massifs. Peu de secteurs peuvent absorber autant de main-d’œuvre que l’agriculture modernisée.
Notre continent possède près de 60 % des terres arables non exploitées de la planète. Du Sahel aux forêts équatoriales, des hauts plateaux aux zones côtières, la diversité climatique africaine permet de produire céréales, fruits, tubercules, cacao, café, légumes, élevage et pisciculture. Peu de régions du monde disposent d’un tel potentiel naturel.

Pendant que certaines puissances s’inquiètent de la sécurité alimentaire mondiale, l’Afrique, elle, a la capacité de nourrir non seulement ses populations, mais aussi une partie du monde. La demande mondiale en alimentation saine et équilibrée ne cesse d’augmenter. Produits biologiques, transformation locale, circuits courts : le marché est en pleine expansion.

Des réussites existent déjà. L’essor de l’agrobusiness au Nigeria, la transformation du cacao en Côte d’Ivoire, les filières horticoles au Kenya, les projets rizicoles dans la vallée du fleuve Sénégal, ou encore la montée en puissance de l’agriculture mécanisée et de l’agro-transformation au Cameroun montrent que le secteur n’est pas archaïque. Il est stratégique.
L’agriculture d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Irrigation intelligente, semences améliorées, serres modernes, drones pour surveiller les cultures, transformation agroalimentaire locale… La technologie n’est pas opposée à la terre. Elle la renforce.
Surtout, l’agriculture est l’un des moteurs les plus puissants de lutte contre le chômage. Elle est accessible, inclusive, décentralisée. Elle crée des emplois directs dans les champs, mais aussi indirects dans le transport, la transformation, l’emballage, la commercialisation. Chaque hectare cultivé est une chaîne de valeur qui s’active.

Mais pour que ce potentiel devienne réalité, il faut une volonté politique forte. Les États africains doivent augmenter l’accès au financement agricole, sécuriser le foncier, faciliter l’accès aux intrants, soutenir les coopératives et investir massivement dans la transformation locale. Produire ne suffit plus. Il faut transformer sur place pour réduire les importations alimentaires et faire baisser les coûts pour les consommateurs.

À la jeunesse africaine, nous disons ceci : ne méprisez pas la terre. Elle n’est pas un symbole d’échec, elle est une promesse de prospérité. Chez nous, on dit que la terre ne ment pas. Elle récompense le travail, la discipline et la vision.
L’Afrique n’a pas besoin de copier un modèle extérieur pour réussir. Elle doit valoriser ce qu’elle possède déjà en abondance : sa jeunesse, son climat, ses terres, son courage.

Le futur africain ne sera pas seulement numérique.
Il sera agricole.

ANSA Media, 2026
Travail – Patrie – Infos.