ÉDITORIAL ANSA MÉDIA.

L’actualité de ces derniers jours au Cameroun ne relève pas de la simple coïncidence d’agendas. De la clôture de PROMOTE aux arbitrages financiers complexes qui secouent la zone CEMAC, en passant par les manœuvres logistiques aux frontières, le Cameroun formalise, pas à pas, sa propre doctrine de souveraineté économique et territoriale.

L’engouement suscité par PROMOTE et la Business Week Cameroun-UE ne doit pas masquer le véritable défi qui s'ouvre cette semaine : celui de la conversion des intentions en usines, et des protocoles d'accord en chaînes de valeur.
En orientant les capitaux de la diaspora et les partenariats internationaux vers les filières critiques comme le riz et la transformation des matières premières, l'État s'attaque au cœur du déficit de notre balance commerciale.

Cette transition industrielle trouve un relai immédiat dans le basculement vers la Journée nationale des MPME et l'activation du Projet d'appui à la promotion de l'entrepreneuriat (PEAC), soutenu à hauteur de 42,6 milliards de FCFA par la Banque Africaine de Développement (BAD). Les choix des sites d’implantation comme Soa, Akonolinga, Kousseri ou encore Kribi participe de la volo,té de l’Etat de former les compétences là ou se trouvent les hubs logistiques et les bassins de production.

Cette souveraineté économique devra se défendre même face aux régulateurs.
Le bras de fer crucial qui oppose cette semaine la COBAC (Commission Bancaire de l'Afrique Centrale) à la Caisse de dépôts et de consignations (CDEC) du Cameroun en est la parfaite illustration. Ce conflit de compétences dépasse le cadre technique : il s'agit, pour Yaoundé, d’affirmer sa souveraineté totale dans la gestion de ses fonds publics consignés afin de les mettre au service du développement national.

Cette même détermination guide l'action territoriale. La signature du protocole d’entente avec la firme britannique PROPAV pour l’axe Bekoko-Limbe-Idenau est un signal fort envoyé à la région du Sud-Ouest. Il faut reconstruire ce corridor logistique et maritime névralgique, relancer l’économie de cette région, et y ancrer définitivement la présence de l'État.

Mais que vaudrait la puissance économique sans un contrôle rigoureux de l'espace physique ? Le nouveau mémorandum d'entente de défense signé par le Cameroun avec le Nigéria rappelle que la sécurité est la condition première de la prospérité.

Face aux menaces asymétriques et transfrontalières, les états-majors des deux géants régionaux traduisent désormais les accords politiques en plans d'action tactiques. Sécuriser les frontières, c'est sécuriser les marchés de demain.

Qu’il s’agisse de veiller à l’approvisionnement des marchés via la restructuration de la Sosucam, de recourir à l’endettement pour sécuriser l’énergie, ou de tracer des lignes rouges face aux institutions bancaires régionales, le Cameroun déploie une stratégie globale. La résilience camerounaise n'est plus une simple posture de résistance aux chocs extérieurs ; elle s'affirme désormais comme une politique de puissance autonome, lucide et résolue.

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